Juste une mise au point : rappeler des règles n’est pas « encadrer la presse »

Avec la curée orchestrée par le PS sur Eric Woerth, un pas supplémentaire dans l’atteinte au respect de la personne humaine a été franchi. Le mois dernier c’est Johnny Hallyday qui en avait fait les frais avec la divulgation de son dossier médical dans la presse.

Il n’y a pas d’antidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue d’agir quoiqu’on fasse dans le cerveau des indifférents, des hommes de la rue comme dans le cœur de la victime. Il pervertit l’opinion, car depuis que s’est propagée, chez nous, la presse de scandale, vous sentez se développer dans l’opinion un goût du scandale. Tous les traits infamants sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler, en dépit de l’absurdité parfois criante. On écoute et on répète sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage touchent de bien près à la médisance, que la médisance touche de bien près à la calomnie et que celui qui publie ainsi la calomnie devient un complice involontaire du calomniateur.

Léon BLUM, 22 novembre 1936

  • Rappel des faits

Suite à la divulgation, que je trouve profondément choquante, d’éléments du dossier médical de Johnny Hallyday faite par le magazine L’Express, j’avais pris l’initiative d’adresser le 7 juin dernier une « Lettre ouverte pour le respect du secret médical et de la vie privée dans les médias » à Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express. Cette lettre ouverte avait été cosignée par 24 de mes collègues députés de la majorité.

Dans cette lettre ouverte, je réclamais une prise de position claire et officielle du directeur de la rédaction afin de condamner ces dérives qui portent atteinte au respect dû à la personne humaine, dérives auxquelles les Députés de la Nation ne peuvent absolument pas souscrire.

Le 8 juin Christophe Barbier a persisté en répondant que « L’Express a fait son devoir dans l’affaire Johnny » légitimant même le fait que « cette enquête va à l’encontre du secret médical, comme dans d’autres dossiers, l’investigation nous amène à passer outre le secret de l’instruction ou le secret-défense (sic). »

J’ai naturellement immédiatement réagi à ces propos plus que surprenants.

  • Dépôt d’une proposition de résolution sur la liberté de la presse

Déterminée à ce qu’une certaine conception de la presse ne devienne jamais la règle dans les médias français, j’ai souhaité prolonger ma démarche par une action parlementaire.

C’est la raison pour laquelle je vais prochainement déposer une proposition de résolution, aboutissement juridique de la « Lettre ouverte pour le respect du secret médical et de la vie privée dans les médias » du 7 juin 2010.

Dans cette proposition de résolution, je rappellerai solennellement des grands principes qui fondent notre République. Je rappellerai également l’équilibre, consacré par les textes et les jurisprudences, entre liberté de la presse, droit d’informer, droit au respect de la vie privée et respect des informations couvertes par des secrets professionnels, en particulier le secret médical.

  • La suite

Maintenant je vais inviter mes collègues députés à manifester leur attachement à la liberté de la presse ainsi qu’aux droits et libertés individuels en cosignant ma proposition de résolution.

Je ne doute pas que cette proposition de résolution sera prochainement inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et adoptée.

Partagez cet article

Muriel Marland-Militello, Député des Alpes-Maritimes

Bombax Theme designed by itx